« On ne peut pas exposer une question sans s’y exposer ! »  (Lyotard, 1988). Interroger l’éducation, c’est avant tout s’interroger sur soi, l’éducation que j’ai reçu, ce que j’en fait aujourd’hui, qui je suis, quelles valeurs je porte… C’est aussi s’interroger sur notre héritage culturel, historique et s’intéresser à ces questions qui ont traversé le temps, et aux réponses qui ont émergé dans différents contextes.

C’est ce parcours riche que nous avons commencé à parcourir ensemble : éducateurs, parents, partenaires, lors de cette journée de formation du 15 Mars, à l’école de la vie. Un parcours ouvert, non achevé, l’intérêt étant dans le chemin parcouru et à parcourir plus que dans des réponses ou outils tous prêts! L’éducation n’étant pas une science exacte,  quantifiable, mais vivante et plurielle, le partage des points de vue, du vécu, des interrogations de chacun a été riche. C’est l’esprit de ces journées d’échange et de co-formation.

Petit extrait, tiré du livre « Frankenstein pédagogue », de Philippe Meirieu (1996, ESF éditeur).

9782710122548_1_75Voilà, sans doute ce qu’il conviendrait de placer « au centre du système éducatif » : la construction d’un être par lui-même à travers la verticalité radicale des questions que pose la culture dans ses formes les plus élevées. En d’autres termes, l’éducation ne peut échapper aux dérives systématiques de l’abstention pédagogique –au nom du respect de l’enfant- et de la fabrication de ce dernier –au nom des exigences sociales-, qu’en se centrant sur la relation du sujet au monde. Sa tâche est de mettre tout en oeuvre pour que le sujet entre dans le monde et s’y tienne debout, s’approprie les questions qui ont constitué la culture des hommes, intègre les savoirs que les hommes ont élaborés comme des réponses à ces questions… et les subvertisse par ses propres réponses dans l’espoir que l’Histoire bégaie un peu moins et écarte avec un plus d’obstination tout ce qui abime l’homme. La fin de l’entreprise éducative est là : que celui qui vient au monde soit accompagné dans le monde et entre dans l’intelligence du monde, qu’il soit introduit dans cette intelligence par ceux qui l’ont précédé… introduit mais non façonné, aidé mais non fabriqué. Pour qu’enfin il puisse « se faire œuvre de lui-même » (Pestalozzi).

L’éducation doit se centrer sur la relation du sujet au monde des hommes qui l’accueille. Sa fonction est de lui permettre de se construire lui-même en tant que « sujet dans le monde », héritier d’une histoire dont il perçoit les enjeux, capable de comprendre le présent et d’inventer l’avenir.

Ce n’est pas chose facile que cela, voici donc quelques « alertes » pour nous permettre de comprendre que ce changement de point de vue doit nous amener à revoir bien de nos préjugés en matière éducative.

Accepter l’enfant qui vient comme un don et non une possession, renoncer à exercer sur lui notre désir de maitrise. Renoncer à être la cause de l’autre sans renoncer à être son père, sans dénier notre pouvoir d’éducateur.

Ce qui est normal en éducation c’est que ça ne marche pas, que l’autre nous résiste. Ce qui est normal c’est que la personne qui se construit en face de nous ne se laisse pas faire, cherche même à s’opposer, simplement, parfois, pour nous rappeler qu’elle n’est pas un objet que l’on construit mais un sujet qui se construit ! La tentation est grande alors de se laisser enfermer dans un dilemme infernal : exclure ou s’affronter, démissionner ou s’engager dans un rapport de force. Eduquer c’est refuser d’entrer dans cette logique.

La transmission des savoirs et des connaissances ne s’effectue jamais de manière mécanique. Elle suppose une reconstruction par le sujet de ces savoirs et connaissances qu’il doit inscrire dans son projet et dont il doit percevoir en quoi ils contribuent à son développement. Seul le sujet peut décider d’apprendre ! Cependant il ne faut jamais, pourtant, renoncer à « faire apprendre ». Personne ne peut apprendre à la place de quiconque, tout apprentissage suppose une décision personnelle irréductible de l’apprenant. Cette décision est précisément ce par quoi chacun dépasse le donné et subvertit toutes les attentes et les définitions dans lesquelles son entourage et lui-même ont si souvent tendance à s’enfermer.

D’une pédagogie des causes à une pédagogie des conditions : il ne faut pas confondre l’impouvoir de l’éducateur sur la décision d’apprendre et son pouvoir sur les conditions qui rendent cette décision possible. Si la pédagogie ne peut jamais déclencher mécaniquement un apprentissage, il lui revient de créer des « espaces de sécurité » dans lesquels un sujet puisse oser « faire quelque chose qu’il ne sait pas faire pour apprendre à la faire « . Il lui revient aussi d’inscrire les propositions d’apprentissage qu’elle peut faire dans des questions vives capables de leur donner du sens. La construction de l’espace de sécurité comme « cadre possible pour les apprentissages » et le travail sur le sens comme « mise à disposition pour les apprenants d’une énergie capable de les mobiliser sur les savoirs » sont les deux responsabilités essentielles du pédagogue.

Vers la conquête de l’autonomie : inscrire au coeur de toute activité éducative la question de l’autonomie du sujet. C’est tout au long de l’éducation que l’autonomie se gagne, chaque fois qu’une personne s’approprie un avoir, qu’elle le fait sien, le réutilise seule et le réinvestit ailleurs. Cette opération d’appropriation / réutilisation doit présider à l’organisation même de toute l’entreprise éducative.

Une autre école… ? Pourvu que des hommes et des femmes sachent y accompagner l’enfant et y être surpris avec lui ! Pourvu qu’on apprenne à accueillir l’imprévu, non pas pour l’éradiquer, mais pour l’observer d’un oeil curieux, avec ce mélange de naïveté et de sérieux que certains nomment la poésie, d’autres la tendresse, d’autres encore l’empathie. Pourvu que les chemins ne soient pas déjà tout tracés mais que l’on puisse s’y interroger le plus souvent possible sur la direction à prendre !

[post-views]

Comments are closed.

Recevoir nos lettres de nouvelles, infos sur votre email ?

Inscrivez vous sur notre liste !

Visiteurs

  • 27694Visiteurs Total:
  • 1Visiteurs aujourd'hui:
  • 49Visiteurs hier: